15 juillet, 2026 23:21:02

 

Carnet de bord : 180 jours avec le monstre sacré de Yaesu

Mois 1 : La phase de lune de miel (et de décodage de hiéroglyphes)

Le colis arrive enfin. L’emballage pèse son poids, et pour cause : le FTX-1 est un « portable » qui a visiblement abusé des protéines à la conception (notamment la version Optima).

  • Le choc visuel : Cet écran couleur est magnifique. On dirait un smartphone haut de gamme greffé sur un tank militaire.
  • La première douche froide : Vous pensiez configurer la bête en trois clics ? C’était sans compter sur la logique légendaire des menus Yaesu. Vous passez vos sept premières soirées à errer dans des sous-menus, armé d’un manuel de 400 pages traduit du japonais par un algorithme sous acide. Mais quand le premier contact passe, vous vous sentez comme Alan Turing décodant Enigma.
  • La descente aux enfers de l’égaliseur paramétrique (procès en sorcellerie du micro d’origine) : Après avoir reçu trois rapports de signal un peu trop honnêtes du type « Ta modulation est correcte, mais un peu « médium-interphone » », votre sang ne fait qu’un tour. Hors de question de sonner comme un talkie-walkie de supermarché avec un poste à ce prix. Vous décidez d’activer l’égaliseur paramétrique à 3 bandes (le fameux Parametric Microphone Equalizer). L’illusion de la simplicité : Vous ouvrez le menu. Vous vous attendez à trois curseurs simples : « Graves », « Médiums », « Aigus ». Erreur de débutant. C’est du Yaesu. À la place, vous êtes accueilli par une matrice de 9 paramètres obscurs par bande (avec et sans compresseur) : Off-Freq, Off-Level, Off-Bandwidth (le fameux facteur ), multipliés pour les graves, les médiums et les aigus. Vous voilà soudainement ingénieur du son en chef à Abbey Road, mais sans les consoles géantes ni le talent. La méthode « Pifomètre et Monitor » : Casque sur les oreilles, fonction Monitor activée (qui vous renvoie votre propre voix avec 0,5 seconde de retard pour bien vous rendre fou), vous commencez à parler tout seul dans un bureau vide : « Un, deux, d’essss, sssss, ssssaaaa… Halo, halo… Un, deux… » Vous passez deux heures à modifier la fréquence centrale des aigus de  à  pour éliminer ce sifflement métallique, tout en creusant les médiums à  pour enlever cet effet « rhume des foins ». Au bout d’une heure, à force de vous écouter parler, vous ne reconnaissez même plus votre propre voix. Vous avez l’impression d’avoir la tessiture d’un robot de science-fiction des années 80. Le verdict des copains sur l’air : Fier de vos réglages dignes d’une radio de diffusion nationale, vous lancez un appel sur le relais ou en HF : « Alors, les gars, vous en pensez quoi ? J’ai un peu boosté le bas du spectre pour donner du corps et j’ai resserré le facteur Q sur les haut-médiums. »……« Ah… Bah écoute, on t’entendait mieux avant. Là, on dirait que tu parles dans un seau en plastique. Tu as pensé à brancher le micro ? ». Le retour à la raison : Vexé, vous passez la soirée sur les forums à copier-coller les réglages d’un obscur radioamateur américain ou du champion Fred (NB) ! qui jure avoir trouvé la « formule magique » pour le micro d’origine. Vous entrez scrupuleusement ses valeurs, vous n’y touchez plus jamais, et vous vous convainquez que vous avez désormais une voix de présentateur de radio FM… tout en lorgnant discrètement sur un micro de studio à 300 € pour compenser.
  • L’affaire du fuseau disparu : l’absence d’affichage de l’heure. Sur un appareil de cette trempe, conçu pour les expéditions aux confins du monde et le carnet de trafic à la seconde près, vous vous attendiez logiquement à un outil révolutionnaire : une horloge. Le choc spatio-temporel : Vous avez beau scruter ce magnifique écran digne d’une dalle de smartphone, l’heure brille par son absence. Pour un poste qui intègre un GPS capable de vous positionner à trois centimètres près sur la planète, ne pas afficher l’heure sur l’écran principal relève du génie artistique. La gymnastique mentale : Pour remplir votre logbook, vous voilà réduit à consulter votre montre connectée ou à pianoter sur votre téléphone portable, tout en râlant contre la R&D de Yaesu qui a jugé plus crucial d’afficher en permanence un analyseur de spectre en 3D plutôt que de vous dire s’il est temps d’aller manger. La justification philosophique : Les puristes vous expliqueront doctement sur les forums que « le vrai opérateur vit dans le temps universel (UTC) de son propre esprit » et que « moins il y a d’horloges qui tournent, moins il y a de bruit RF dans le processeur ». Vous, vous soupçonnez surtout que l’ingénieur en chef a simplement oublié cette ligne de code à la minute de livrer le projet.

Mois 2 : L’illusion du « SDR autonome »

Vous avez acheté ce poste pour faire du portable, du vrai. Vous chargez le sac à dos.

  • Le constat thermique : Après 20 minutes radio intensive sur une table de pique-nique, le FTX-1F commence à rivaliser avec votre barbecue portable. Heureusement, le ventilateur optionnel externe fait son travail… dans un bruit de turbine d’hélicoptère qui fait fuir les oiseaux à 1 kilomètre à la ronde.
  • L’autonomie réelle : La batterie intégrée est formidable… tant que vous n’appuyez pas sur le bouton d’émission. Vous comprenez vite que « portable » signifie en réalité « transportable d’une prise secteur à une autre », notamment si les quelques watts du field vous semble in finé insuffisant et que vous appelez au secours le SPA-1.

Mois 3 & 4 : Le syndrome du « QUI FAIT TOUT » autoproclamé

C’est la phase où vous commencez à justifier le prix de l’appareil. Vous installez le FTX-1F dans votre voiture.

  • Le double récepteur (V+U / HF) : Vous écoutez simultanément le relais local et une expédition DX sur 20 mètres. C’est l’anarchie sonore la plus totale dans l’habitacle, mais vous avez l’impression de diriger le centre de contrôle de la NASA.
  • Le « Waterfall » 3D (3DSS) : Vous passez plus de temps à regarder les vagues colorées défiler sur l’écran qu’à écouter ce qui se dit. C’est hypnotique, c’est beau, c’est presque de l’art contemporain. Vous ne faites plus de radio, vous faites de la contemplation spectrale.

Mois 5 : La mise à jour du firmware de l’angoisse

Yaesu publie une mise à jour majeure pour corriger un bug mineur.

  • Vous branchez le câble USB-C (une révolution pour Yaesu !) et la carte micro SD
  • Vous lancez le logiciel de mise à jour qui semble avoir été codé sous Windows 95.
  • Pendant les 10 minutes du flashage, votre cœur s’arrête de battre. L’écran du FTX-1F s’éteint. Vous visualisez déjà le retour en SAV et les 300 € de frais de port.
  • Miracle : Ça redémarre. Le bug d’affichage est corrigé, mais l’UHF n’a plus de puissance et un gros voyant Hi.SWR s’affiche à chaque coup de pédale… on ne peut pas tout avoir.

Mois 6 : Le retour au réel

Après six mois, le FTX-1F à fait quelques allers/retours SAV (ne pas oublier de ne jamais faire partie des beta testeurs des premières versions…)

Vous l’adorez, sa réception est d’une clarté divine, le DSP fait des miracles sur les signaux faibles, et la modulation fait l’éloge de tous vos correspondants. Vous avez enfin dompté l’arborescence des menus et vos doigts ont développé une mémoire musculaire digne d’un pianiste professionnel pour atteindre le bouton Power.

MAIS… et oui parce qu’il y a un MAIS …Trop de bugs à répétition, trop de SAV approximatifs et de délais d’interventions à rallonge. On feint de ne pas savoir que cet appareil a des défauts de jeunesse (notamment la version Optima), on attend que vous soyez vraiment grognon pour commencer à réfléchir à l’éventualité d’une solution.

Au final, vous perdez confiance… d’une part dans le poste lui-même mais aussi de votre revendeur et du SAV.

Après moults bagarres, vous refusez de récupérer une guimbarde bancale, déclinez un échange standard et obtenez un remboursement… Ouf !

Vous croisez alors un communiqué de presse qui annonce le concept Icom X-026 sans fil. Vous le regardez avec un sourire et le moral revient.

Vous vous étiez pourtant dit dès le départ. Plus jamais Yaesu avec un modèle récent …

 

 

By Francois RR92F1

Vieux loup de la CB, plus récemment actif en PMR, j'ai créé avec Arnaud DMR75 pour pouvoir partager nos connaissances sur la radio numérique, mais aussi aborder tous les sujets radio analogiques. 73 51 ! RR92F1

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